Jakilea 104/12 - Droits de l'Homme

Valse  des  Roms

Les silences gênés ou indifférents, les approbations bruyantes ou prudentes face aux expulsions soi-disant humanisées des Roms par le nouveau ministre de l'Intérieur français, seraient aussi affligeants et angoissants que naguère si quelques voix re­sponsables ne s'élevaient pas avec force. Dans un langage plus nuancé que sous Sarkozy, la philosophie demeure : maintenir l'ordre, rassurer les timorés, calmer les nationalistes acharnés en rappelant que la loi doit être appliquée (qui pourrait le con­tester?) mais ne pas engager réellement d'alternatives humani­taires, appropriées, réalistes et révisables comme si l'on voulait laisser croire qu'il existe une « solution finale » ! Autrefois la peine de mort était légale, elle ne l'est plus. La République n'est donc pas éternellement condamnée à éliminer ceux qui la dérangent. Il est bon de rappeler à quel point cette attitude déshonore une société: si la France, après plusieurs dé­cennies, a reconnu sa pleine responsabilité dans la déportation des Juifs, elle persiste à oublier totalement son rôle équivalent vis à vis des gitans. De plus, à l'inverse des Juifs, qui ont été libérés des camps français à la libération, les gitans n'en sont sortis qu'en 1946 ! La situation a évolué mais les souffrances des Tsiganes n'en demeurent pas moins invisibles. L'Etat fran­çais, à la différence de l'Allemagne et de la Suisse, qui ont au moins partiellement honoré leur dette à leur égard, ne veut toujours rien savoir sur le plan des réparations, même symbol­iques.

Certes, les Roms ne seraient pas renvoyés les mains tout à fait vides mais croire que l'Etat peut ainsi s'affranchir de toute ob­ligation morale et revendiquer sa crédibilité et son honnêteté uniquement par une solution financière, reste quand même une interrogation. De même, accuser uniquement les pays dont ils sont originaires est une solution de facilité qui déplace les re­sponsabilités. Il ne peut y avoir d'évolution admissible vers un aménagement satisfaisant en ce domaine, comme en beaucoup d'autres, que concertée et européenne.

L'Europe ne cesse de te rappeler à la France : "les efforts re­nouvelés des autorités françaises de fermer des camps de Roms et de sortir du pays des Roms de l'Europe de l'Est soulève des inquiétudes sérieuses sur le respect par la France de ses obli­gations internationales'.

On peut néanmoins tempérer l'attitude déplorable actuelle après la résolution do premier ministre d'organiser rapidement une réunion interministérielle sur les Roms. Elle aura pour but la concertation avec les milieux associatifs et annoncera la levée des mesures transitoires, principal obstacle à l'accès à l'emploi pour les Roms par des dispositions excessivement dissuasives auprès des employeurs (taxes spécifiques supplé­mentaires, limitation des types d'emploi...) et qui, de la sorte, favorisent le travail au noir et l'exploitation des personnes ! Seuls six pays de l'Europe, dont la France, appliquent ces re­strictions !

Monsieur Valls, ainsi démenti, déclare maintenant qu'il ne sera plus question de démantèlement et d'expulsion sans une recherche concertée, impliquant l’Europe, de solutions facilitant l’insertion d’une population éternellement rejetée, par le logement, l’emploi et l’instruction.

Nous en sommes encore loin mais nous sommes tous concernés, il y va de notre humanité !

Michel Berger

 

Maurice Rajsfus parmi nous

A notre invitation, et celle de la LDH. l'écrivain militant Maurice Ra­jsfus est donc revenu à Bayonne le 22 juin nous parler de « la politique du rejet » pratiquée par la France.

Il en fait remonter l'origine institutionnelle à la fin de la Ille Répub­lique. C'est le Président Daladier qui. en 1938, institue la police des étrangers et fonde à l'intention des « in­désirables » les premiers camps, un par département....Ils sont destinés aux républicains espagnols, et aux Allemands fuyant le régime nazi, dont l'immense majorité est juive. Albert Sarrant, Ministre : « il faut débarrasser la France de la tourbe étrangère ». Le sentiment anti-allemand (« tuer des Boches ») s'applique donc aux opposants de Hitler ! Le conférencier s'étend bien sûr sur le régime de Vichy. Se con­formant à l'excès à la Convention d'Armistice, Vichv édicte ses propres lois raciales et érige les gendarmes en exécutants zélés de cène législation. Le port de l'étoile jaune marque toute une population du sceau de la discrimination et de l'infamie. Les juifs ne l'ont accepté que parce qu'ils étaient légalistes et qu'ils s'étaient toujours comportés en bons citoyens... S'il y a eu un « Vichy avant Vichy » comme dit Paxton, il y a aussi eu un « Vichy après Vichy ». Dès 1970, on sent monter cette mentalité de rejet. Que voulez-vous, « en France on n'est pas xénophobe, mais on n'aime pas les étrangers » rappelle iro­niquement Maurice Rajsfus.

Répondant ensuite aux questions de l'auditoire l'écrivain-militant évoque les signes négatifs envoyés par la société ; c'est dans les usines que se sont manifestées les premières attitudes de rejet. Les législations successives ont permis la constitu­tion du fichage d'une grande partie de la population. Il ex­iste 48 fichiers de police, dont le STIC recensant 30 millions d'individus, aussi bien délinquants que victimes ou témoins ! Le comportement des gens a permis à « la société policière » de prospérer....

Si un conseil pouvait être donné aux jeunes ce serait : « Réflé­chissez ! L'Autre n'est pas différent. »

 Koko Abeberry

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