Jakilea 104/13 - Chronique de l'Euskara

Question écrite n° 01275 de Mme Frédérique Espagnac (Pyrénées-Atlantiques - SOC) publiée dans le JO Sénat du 02/08/2012 - page 1740

Mme Frédérique Espagnac attire l'attention de M. le ministre délégué auprès du ministre des affaires étrangères, chargé des affaires européennes, sur la ratification de la Charte europée­nne des langues régionales ou minoritaires. La France est l'un des rares pays membres du Conseil de l'Europe à ne pas avoir ratifié cette Charte entrée en vigueur en 1998. La Charte assure aujourd'hui la promotion de 82 langues dans les domaines de l'éducation, de l'administration, des médias, de la culture, de la vie économique et sociale et de la coopération transfrontalière. Plusieurs améliorations de la situation des langues minoritaires peuvent être attribuées à la Charte. Signée pour la France en 1999 par M. Lionel Jospin, le Conseil constitutionnel avait in­validé la ratification au motif qu'elle porterait atteinte aux prin­cipes d'indivisibilité de la République, d'égalité devant la loi et d'unicité du peuple français. Les langues régionales faisant partie intégrante du patrimoine culturel français, le président de la République a fait acte de son souhait, dans la 56e proposi­tion de son programme de campagne, de ratifier la Charte. Elle lui demande donc les modalités que le Gouvernement entend mettre en œuvre pour enfin procéder à la ratification de cette charte et à la révision constitutionnelle qu'elle implique. En at­tente de réponse du Ministère chargé des affaires européennes.

Cinquième enquête sociolinguistique

a) Sans rentrer dans une analyse trop poussée des chiffres, lors de sa conférence de presse du 18 juillet 2012, Euskal Konfeder-azioa a évoqué les points positifs, négatifs et les principaux en­seignements de cette enquête.

- Si la tendance à la baisse du nombre de locuteurs bascophones observée ces dernières années se confirme en 2011, il est inté­ressant de constater que dans la tranche 16-34 ans le nombre de bascophones augmente, ce sont ces derniers qui seront les parents de demain et qui auront la possibilité de transmettre l'euskara à leurs enfants.

-  Autre point positif, celui lié à l'intérêt porté à la langue basque. En effet, le nombre de personnes attachées à l'euskara augmente et l'on peut faire le parallèle avec une autre donnée de l'enquête concernant la scolarisation de leurs enfants, le nombre de personnes souhaitant que l'enfant apprenne «en euskara avec le français en option» augmente fortement depuis 2006

- La politique linguistique publique mise en place ces dernières années et, bien entendu, le travail sans relâche mené par le mouvement associatif ne sont pas étrangers à cette amélioration.

b) Pourtant, l'enquête révèle également des points plus préoccupants. Ainsi, seulement 21.4% de la population est bilingue, ce chiffre est beaucoup trop bas pour assurer la réappropriation de l’euskara par les habitants du Pays Basque Nord.

- De même, il est inquiétant de constater que parmi les basco­phones l'utilisation de l'euskara connaît une baisse depuis 2006.

Politique Linguistique

Ces deux dernières données montrent la nécessité de franchir une nouvelle étape dans la politique linguistique, à savoir de passer à l'acte 2 de la politique linguistique. En effet, la poli­tique linguistique actuelle basée sur le principe de libre adhésion a atteint ses limites et il est évident que l'officialité de l'euskara en Pays Basque Nord, l'adoption d'une loi linguistique fixant les droits et les devoirs de chacun, la ratification de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires et la créa­tion d'une Collectivité Territoriale Pays Basque ayant en charge le développement de la politique linguistique permettraient de concrétiser ces avancées indispensables au processus de réap­propriation de la langue basque.

En attentant, il est clair que les pouvoirs publics doivent in­vestir beaucoup plus de moyens dans la politique linguistique actuelle.

N'oublions pas, par ailleurs, que pour être efficace toute poli­tique linguistique nécessite la bonne coordination entre action des pouvoirs publics et travail du mouvement associatif.

Aides financières octroyées aux opérateurs privés

Or nous venons de prendre connaissance des aides allouées aux opérateurs privés par l'Office Public de la Langue Basque. Sans entrer là encore dans les détails, nous constatons une stagnation des aides allouées. Ces aides sont bien en-deçà des réels besoins du mouvement associatif. En effet, ces structures se dévelop­pent et, pour mener leur travail à bien, elles ont besoin de plus de moyens, à plus forte raison quand les pouvoirs publics eux-mêmes reconnaissent leur caractère stratégique dans le proces­sus de normalisation de l'euskara. L'OPLB est aujourd'hui le « guichet unique » des aides financières, il se doit d'être un outil essentiel de la politique linguistique et tant qu'il sera sous-dimensionné, il constituera un frein au bon développement de cette politique.

L'argent investi actuellement ne répond ni aux besoins ac­tuels ni aux besoins futurs comme le montrent les résultats de l'enquête sociolinguistique. Comme mentionné plus haut, et comme l'ont prouvé ces dernières décennies, le rôle du mouve­ment associatif est primordial dans le processus de réappropria­tion de la langue basque et si l'enveloppe financière n'augmente pas d'au moins 50% d'ici l'an prochain, certaines structures du mouvement associatif voire même certains volets entiers de la politique linguistique seront en situation plus que préoccupante.

Pour plus de détails sur cette enquête on peut lire : Erramun Bachoc, en basque dans Herria n° 3166 du 2 août 2012, et en français dans Enbata n° 2239 du 9 août 2012.

Michel Oronos

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