Jakilea 104/01 - EDITORIAL

LUEUR OU LEURRE D’ESPOIR ?

Mi-août, la grève de la faim de losu Uribetxebarria, dans un état de santé dramatique, ir­réversible, provoque dans un élan de solidarité celle de centaines d'autres prisonniers poli­tiques basques, dans les prisons espagnoles et françaises. Elle déclenche de nombreuses protestations et l'intervention insistante de personnes et de groupes influents, jusqu'à la chancellerie, pour que losu puisse bénéficier d'une remise en liberté conditionnelle auprès des siens. Il s'agit là bien sûr d'un test fondamental sur le désir sincère de paix manifesté par les deux Etats concernés.

Les faibles avancées de l'Espagne laissaient néanmoins prévoir une évolution favorable à la suite de la relaxe par l'Audiencia Nacional des 13 prévenus des listes abertzale D3M et ASKATASUNA et de la légalisation de SORTU le 20 juin par le Tribunal Constitutionnel, si longuement attendues. Pourtant, le 10 juillet, la Cour Européenne de Strasbourg condamne l'Espagne et demande la libération immédiate d'Inès del Rio à qui on a appliqué la Doctrine Parot. De son côté, la France refuse toujours la libération conditionnelle de Jon Parot pour la troisième fois. On déplore des violences sur trois preso à la maison d'arrêt de Villefranche-sur-Saône, dénoncées vigoureusement par HERRIRA (auquel adhère le CDDHPB), asso­ciation qui vient en aide aux prisonniers basques. La collaboration policière franco-espagnole prime sur la recherche d'une solu­tion juste et pacifique alors que SEGI et AKATASUNA s'auto-dissolvent et que ETA donne des signes supplémentaires de bonne volonté. La lettre adressée à François Hollande par le Collectif pour la Résolution du conflit, créé à la suite de l'accord d'Aiete en octobre dernier, reste encore sans réponse, en dépit des personnalités de plus en plus nombreuses qui réclament l'ouverture d'un dialogue...

Ce n'est malheureusement pas l'état d'esprit du ministre de l'Intérieur dont les récentes initiatives à l'égard des Roms nous ramène au plus fort du Sarkozysme. Le Premier ministre tempère mais ne jouent-ils pas l'un et l'autre au méchant et au gentil flics, célèbres dans les films policiers ?

Le passage de Maurice Rajsfus, invité par la LDH et le CDDHPB. nous a rappelé avec force le rôle extrême de la police pendant la seconde guerre mondiale et la guerre d’Algérie, confirmant ainsi les méthodes de résolution des conflits non par le dialogue mais par la répression souvent outrancière, parfois criminelle.

Malgré ces multiples déceptions, notre combat continue démocratiquement. Il est conduit par tous ceux qui sont persuadés de pouvoir bientôt convaincre et rassembler le plus grand nombre de personnes de bonne volonté soucieuses de justice et de paix. Nous vivons, les uns et les autres, une histoire partagée que nous avons aujourd'hui l'occasion de pouvoir construire ensemble. Le grand ras­semblement du 10 novembre prochain à Bayonne, organisé par HERRIRA, doit donc, par son ampleur et sa déter­mination, mobiliser toutes les volontés vers un véritable changement, juste et irrévocable.

 

Michel Berger

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