Jakilea 104/02 - VERS LA PAIX ?

Glenncree

Là-bas en Irlande, dans les montagnes de Wicklow près de Dublin, il y a une petite vallée appelée Glenncree - Gleann Cri en gaélique. C'est là que se trouve le Centre pour la Paix et la Réconciliation, une organisation fondée en 1974 pour servir de médiateur entre les belligérants dans le conflit irlandais et qui, maintenant, s'efforce de faciliter la résolution de conflits à travers le monde.

C'est dans cet esprit qu'en 2007, loin des médias et des tensions, se sont réunies vingt-cinq personnes victimes du conflit en Euskal Herri, dans ce que l'on désigne comme « Ini­tiative de Glenncree ». Une initiative à porter au crédit du Gou­vernement basque à travers la Direction de l'Aide aux Victimes du Terrorisme - il faut rendre à César ce qui est à César ! - qui a permis à des gens que tout semblait opposer de faire un pas les uns vers les autres. Il y avait là des victimes de l'ETA, du GAL, du Batallon Vasco Espanol (BVE), et des victimes de violences policières. Et, pour élargir le débat, on y avait ajouté quelques victimes des Commandos Autonomes Anticapitalistes et même des proches des derniers fusillés du franquisme.

Pendant cinq ans, ils se sont réunis, ont raconté leur souffrance et ont découvert celle des autres, réalisant que les larmes ont partout le même goût amer. Pendant cinq ans, dans la plus grande discrétion, ils ont construit une réflexion com­mune pour arriver à établir un manifeste en six points récla­mant que soit reconnu le préjudice causé, que soit assumée la responsabilité des uns et des autres et que soit établie une paix fondée sur la vérité, la justice, la mémoire, la reconnaissance et la réparation ».

C'est ce manifeste qui, le 16 juin dernier, a été présenté à Donostia au nom des 25 victimes par Axun Lasa. la sœur Joxean Lasa (victime du GAL en 1983) et Mari Carmen Fernandez, veuve de Jésus Mari Pedrosa (conseiller du Parti populaire, victime de l'ETA en 2000). Elles ont expliqué que cette expérience commune constitue « un geste souhaitable et  nécessaire » pour une « reconnaissance des dommages causés et des responsabilités », souhaitant ainsi encourager « d'autres personnes à faire leur propre processus » et briser « des bar­rières et des tabous afin de se rapprocher les uns des autres, dans le respect, en allant au-delà des peurs et des stéréotypes, de la frustration et de l'expérience de la douleur, en explorant les fondements pour une cohabitation ».

Une formidable leçon donnée à ceux qui prétendent impossible toute résolution démocratique du conflit, et qui font tout pour empêcher que cela soit. Là où Mariano Rajoy exige que l'ETA se saborde et rende les armes, que les preso s'humilient en demandant pardon de s'être battus pour que sur­vive leur patrie, les gens de Glenncree parlent de respect.

Le gouvernement espagnol - suivi comme son ombre par le gouvernement français - ferait bien de s'en inspirer.

Annie Arroyo