Jakilea 104/05 - Chronique judiciaire (3)

Violences pénitentiaires

 Le dimanche 1er juillet, des événements d'une gravité extrême et d'une rare violence se sont produits au sein de l'établissement pénitentiaire de Villefranche sur Saône (Rhône).

Ce jour-là, Ibon Goieaskoetxea, Ruben Rivero et Julen Mujica refusent de rentrer dans leurs cellules après la promenade, pour protester contre le fait qu'un des visiteurs de Julen Mujica ait été refoulé lors du parloir de la veille. Depuis quelques semaines déjà, des fonctionnaires de la prison s'ingéniaient à créer un climat détestable, accumulant quotidiennement des entraves, des pressions, des refus pour un oui, pour un non, dont les trois garçons étaient la cible, particulièrement Julen.

Devant le refus pacifique des trois amis, des gardiens casqués et armés de matraques sont arrivés, les ont menottes avant de les rouer de coups. Ibon racontera plus tard qu'en l'emmenant au mitard, les gardiens l'ont fait volontairement tomber dans une flaque d'eau sale, dans laquelle ils lui ont violemment mis la tête. Puis ils l'ont conduit, les yeux pleins de terre et de sable, devant celui qui semble être le chef des gardiens et qui lui a craché au visage. Après quoi les gardiens l'ont emmené au mitard. Une fois dans la cellule d'isolement, ils lui ont ordonné de se mettre à genoux. Devant son refus, les coups de pieds se sont mis à pleuvoir, assortis de menaces on ne peut plus ex­plicites : « Tu vas voir quand tu iras en Espagne par quelles tortures tu passeras ! ». Les coups ne se sont arrêtés qu'avec l'intervention d'un des gardiens qui trouvait que, quand même, ça suffisait. Ibon lui a dit «Laisse-les faire leur travail. Et oui, c'est cela votre travail ! Maintenant, vous nous avez montré votre vrai visage». Furieux, les gardiens sont partis, le laissant nu dans le mitard.

 

Le traitement subi par Ruben et Julen de la part des fonction­naires de la Pénitentiaire est à peu près semblable et tout aussi scandaleux. Sans doute ces gardiens ne savent-ils pas qu'une accusation pour mauvais traitements relève de la justice et que lorsqu'ils s'exercent contre des personnes fragilisées, isolées ou incapables de se défendre, cela constitue des circonstances aggravantes...

De tels comportements de la part de fonctionnaires de la jus­tice sont révoltants. Nous sommes d'autant plus indignés que le point de départ de toute cette violence est une simple protesta­tion - des plus légitimes ! - contre le fait qu'un des visiteurs de Julen Mujica ait été refoulé lors du parloir de samedi. Cela parce qu'un portique chargé de détecter les métaux a sonné trois fois... C'est un incident qui se produit tout le temps, dans toutes les prisons. Souvent parce que l'appareil est détraqué, ou parce qu'il réagit à un bijou, à une boucle de ceinture, ou plus bêtement encore à un bout de métal intégré dans l'empeigne des chaussures ! Qui n'a pas eu ce genre de problème un jour de parloir ?? Partout ce problème est réglé par un contrôle manuel. Partout, sauf à Villefranche.

Comment ne pas se dire que seule une certitude absolue de leur impunité a pu permettre à ces gardiens de se conduire de façon aussi révoltante ? Pour ceux qui en douteraient, les propos de la juge Duyé, qui a reçu Ibon le mardi suivant sont consternants. « Que voulez vous Monsieur Goieaskoetxea? Que l'on construise une prison pour vous au Pays Basque ? Ce n'est pas possible. Et vous, vous êtes des militants de l'ETA, donc ce n'est rien pour vous quelques coups. »

En réaction, une délégation d'Etxerat (Janine Beyrie) et d'Herrira (Gabi Mouesca) a accompagné Zigor Goieaskoetxea, le frère de Ibon*, à la prison de Villefranche pour rencontrer la direction et les représentants du personnel pénitentiaire avant de tenir une conférence de presse. Pour sa part, le CDDHPB a immédiatement adressé à la directrice de la Maison d'Arrêt un courrier condamnant fermement ces actes inacceptables qui sont une insulte à la justice et aux Droits de l'Homme.

Plus que jamais, nous nous dressons contre l'injustice et la violence dont sont victimes les patriotes basques incarcérés aux quatre coins de la France et de l'Espagne. Plus que jamais, nous tenons à souligner notre inquiétude devant les violences dont ont été victimes Ibon Goieaskoetxea, Ruben Rivero et Julen Mujica. L'emploi de la force brutale et des mauvais traitements contre des détenus qui n'ont pas les moyens de se défendre relève de pratiques d'une autre époque qui sont indignes d'un pays qui rappelle sans cesse qu'il est le berceau des Droits de l'Homme.

Quelle démocratie peut tolérer de semblables abus ?

 Annie Arroyo

* A peine de retour à Bayonne,Zigor a appris que son autre frère. Eneko. qui depuis plusieurs années, résidait à Cambridge, avait été remis à l'Espagne le 20 juillet 2012 par le Royaume Uni. Détenu depuis juin 2011 dans la prison de Belsmarsh, une prison de haute sécurité, Eneko était sous le coup d'un MAE présentée par la Audiencia Nacional espagnole. Le 27 juin dernier, le Tribunal Supérieur de Londres avait opposé un refus à l’appel présenté par la défense.

Cette extradition intervient dans un contexte particulier. La Cour Européenne des Droits de l'Homme ayant condamné l'Espagne dans l'affaire Del Rio Prada, le Royaume Uni a jugé bon d'attendre le résultat de l'appel présenté par le gouverne­ment espagnol pour décider d'extrader ou non Antton Troitino. Ce dernier, membre du même commando qu'Inès del Rio, a passé 24 ans dans les geôles d'Espagne, avait été libéré le 14 avril 2011. Sa libération avait déclenché une vive polémique, si bien que la « justice » ibérique voulait qu'il retourne en prison pour « compléter » son temps de détention en vertu de la Doc-trina Parot. Troitino, on se demande pourquoi, avait préféré se mettre à l'abri outre Manche. L'Audiencia Nacional le réclame à grands cris. D'où l'embarras des dirigeants du Royaume Uni ! On ne peut fâcher systématiquement l'Espagne, un partenaire européen: les esprits pervers penseront peut-être qu'Eneko Goieaskoetxea a fait les frais de ces prudences politiques...

 Manifestation à Bayonne le 10 novembre à 16h30 pour le retour au Pays Basque des prisonniers et des exilés.

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