Jakilea 104/07 - Pays basque (1)

  Lettre ouverte à François Hollande et à l'ensemble du gouvernement 

Plusieurs organisations du Pays Basque Nord qui s'étaient re­groupées il y a bientôt 2 ans pour s'élever contre le MAE qui frappait Aurore Martin, sont restées vigilantes et ont dénoncé chaque décision judiciaire et chaque intervention policière qui leur semblait aller à l'encontre du processus de paix. Ces organisations (dont la Cimade, la LDH, le CDDHPB...) ont dé­cidé de se constituer officiellement en Mouvement pour une résolution intégrale du conflit en Pays Basque*. Constatant l'absence de réaction des gouvernements français et espagnol au cessez-le-feu total décrété par ETA et la poursuite de la répression (arrestations, MAE, extraditions...), ce Mou­vement a décidé début juillet d'envoyer une lettre à François Hollande afin qu'il prenne enfin les mesures d'apaisement qui s'imposent, concernant notamment les prisonniers.

 

Monsieur le Président,

Le Pays Basque est aujourd'hui à la veille de changements importants. La fin du conflit politique, l'un des derniers de cette ampleur en Europe, est possible et est en marche. Avec la déclaration d'Aiete du 17 octobre 2011, à laquelle ont participé nombre de personnalités (Kofi Annam, Jonathan Powell ou encore Pierre Joxe), suivie trois jours plus tard de l'annonce par l'ETA de l'arrêt définitif de son activité armée, une opportunité s'est ouverte en faveur d'une résolution du conflit.

Des représentants d'organisations politiques, syndicales, as­sociatives du Pays Basque Nord ont répondu favorablement à l'appel d'Aiete en créant le « Mouvement pour une résolu­tion intégrale du conflit en Pays Basque ». Il nous paraît en effet important de prendre position et d'agir en faveur d'un processus de résolution intégrale du conflit car nous voulons une paix durable et juste. Le 10 décembre dernier, nous avons organisé à Bayonne une manifestation qui a rassemblé plus de 4.000 personnes :

- Pour une résolution politique, démocratique et pacifique du conflit qui prenne en considération l'ensemble de la prob­lématique et qui apporte une solution globale, de l'origine politique du conflit à la moindre de ses conséquences.

-Pour que s'impliquent les Etats français et espagnol et qu'ils agissent en faveur de la mise en place d'un processus démocratique qui permettra cette résolution.

Mais l'actualité de ces derniers mois montre que l'Etat fran­çais n'envisage pas de s'investir dans ce processus de paix. Sa seule réponse demeure la répression, par le biais des législa­tions d'exception tout en affirmant qu'il n'y a pas de con­flit politique basque en France ! Et il franchit maintenant un nouveau pas en voulant faire taire les voix qui s'élèvent en faveur du processus. Depuis le 17 octobre il a procédé à 9 mandats d'arrêt européens, 15 arrestations, une extradi­tion, un troisième refus de libération conditionnelle pour Ion Kepa Parot et trois ans après, la justice n'a toujours pas fait la lumière sur la disparition de Jon Anza.

Le Mouvement pour une résolution intégrale du conflit en Pays Basque dénonce fermement ces pratiques de l'Etat français.

Nous dénonçons également l'opération qui vise des salarié-e-s du Parti communiste des terres basques et leur famille, l'association Bidean et l'entreprise Aldudarrak Bideo : début janvier 2012, certains comptes bancaires -bloqués depuis quatre ans- ont été vidés, par le biais d'une saisie pénale. La Justice n'a, à ce jour, motivé aucune des procédures, aucune notification officielle ni sur les blocages ni sur les saisies, plongeant ces familles dans la précarité totale, en les privant de tout moyen de garantir leurs besoins quotidiens et leurs défenses.

Nous insistons : le contexte en Pays Basque a changé ! L'heure est au dialogue, mais l'Etat français le refuse. Il per­siste dans la voie répressive au lieu d'assumer sa part de re­sponsabilité dans le conflit et d'oeuvrer en faveur de la paix. Interpellé maintes fois par différents acteurs politiques, syn­dicaux, sociaux, et récemment par le Collectif des prison­niers politiques basques, il fait la sourde oreille.

Monsieur le Président,

il est urgent que change cette atti­tude. Ce Mouvement sera vigilant et actif. Il continuera à dénoncer publiquement tout acte répressif et de la même façon actera positivement toute avancée vers un processus démocratique. Il poursuivra la mobilisation pour obtenir :

-L'arrêt de tous les procès politiques, de toute les formes de répression, l'arrêt immédiat des législations d'exception.

 -La légalisation de toutes les organisations et partis poli­tiques illégalisés ces dernières années.

-Le respect des droits des prisonniers politiques basques, la libération des prisonniers malades et « conditionnables », l'amélioration de leurs conditions de détention, leur re­groupement en Pays Basque de manière à faciliter leur par­ticipation au processus de paix.

-L'annulation des procédures bancaires.

Voilà, monsieur le Président, ce que nous demandons et ce que nous voulons.

Ces revendications immédiates doivent être satisfaites pour démarrer un processus démocratique et avancer vers la réso­lution du conflit.

En tout état de cause, soyez certain de notre engagement dans ce sens.

Dans l'attente de votre réponse, nous vous adressons, mon­sieur le Président, nos salutations militantes.

Bayonne, le 2 juillet 2012.

*Ce Mouvement est composé de : Abertzaleen Batasuna, Anai Artea, Batasuna, CDDHPB, Cimade, CFDT Santé Pays Basque, Etxerat, Herrira, LAB, LDH Bayonne, NPA, Solidaires, et des élus et mili­tants syndicaux et politiques comme Yvette Debarbieux, Luxi Oxand-abaratz, Alice Leiciagueçahar, Peio Dufau, Txomin Catalogne.

 

Askatasuna et la fin

Le mois de juin a renforcé l'impression d'un changement d'époque dans les modes de lutte abertzale.

Après l'arrêt définitif des actions de ETA le 20 octobre 2011, voici que deux organisations annoncent leur disparition.

Askatasuna, Collectif de soutien aux prisonniers basques, déclare le 11 juin qu'il disparaît, laissant ainsi la place à Herrira.

Le mouvement de jeunes Segi fait de même le 16 juin, avant son ultime meeting d'Itxassou le 24 juin.

Ces deux entités, légales en France, avaient été interdites par la justice espagnole pour leurs liens supposés avec ETA.

 

Elections anticipées dans la Communauté autonome basque

Le lehendakari (chef du gouvernement basque) Patxi Lopez, du Parti Socialiste, a décidé d'avancer le scrutin au 21 octobre prochain.

Le PSE se retrouve actuellement minoritaire : il ne représente que 25 sièges sur les 75 sièges du Parlement basque.

On note déjà la candidature de Laura Mintegi pour la coalition abertzale EH Bildu.

 

A l'initiative du mouvement Bizi !

Une chaîne humaine revendicative a été organisée sur la plage de Biarritz le 20 juin dernier.

Le 20 juin était une journée mondiale d'action à l'appel du Sommet des Peuples de Rio pour la justice sociale et écologique, contre la marchandisation de la vie et pour la défense des biens communs.

« Les biens naturels tels que l'eau, les sols,ou l'air, ne sont ni des marchandises, ni des actifs financiers, ce sont des biens communs.

 

Elections

Les élections législatives des 10 et 17 juin ont bouleversé le paysage politique, non seulement en France, mais aussi en Pays Basque. Les députés dynastiques Jean Grenet et Michèle Alliot-Marie ont été battus par les candidates Colette Capdevielle et Sylviane Alaux. Au Pays Basque intérieur le sortant Modem Jean Lassalle, malgré un premier tour difficile, réussit sa réélection face au socialiste François Maitia.

Le Centre Modem ayant reculé, les abertzale de EH Bai deviennent la 3ème force politique du Pays Basque Nord avec 8,9% des votants, derrière le PS (33,33%) et l'UMP (30% )