Jakilea 104/08 - Pays basque (2)

HERRIRA, en route pour la Paix !

Suite à la Conférence d'Aiete, et à l'annonce de la fin de la lutte armée, une restructuration du paysage politique et so­cial se fait jour au Pays basque. Parmi les structures qui ont fait leur apparition, HERRIRA, un mouvement militant pour la libération de tou-te-s les prisonnier-e-s politiques Basques et le retour de l'ensemble des réfugié-e-s politiques Basques. Nous avons rencontré Gabi MOUESCA, un des animateurs de ce mouvement au Pays Basque nord pour faire le point sur l'action d'HERRIRA ces derniers mois.

JAKILEA : L'été est une période de relative accalmie sur le front militant. HERRIRA a pourtant été très présent sur le terrain. Que peux-tu nous en dire ?

Gabi : II faut tout d'abord rappeler que la « trêve estivale » ne touche pas les prisonnier-e-s politiques basques, les réfugié-e-s et leur famille. Ils sont des centaines et des centaines qui, du 1er janvier au 31 décembre, -depuis des décennies pour un certain nombre d'entre eux-, vivent au quotidien les affres de la répres­sion. Pour HERRIRA, dont l'objectif est de mettre un terme dans les meilleurs délais à cette brutale réalité, pas question de se laisser aller à une sous-activité militante. En effet, chaque jour qui passe compte. Chaque jour qui passe est un jour de souffrance supplémentaire pour des milliers de gens au Pays Basque, et le contexte politique qui est nôtre depuis plus d'un an maintenant -celui du dit processus de Paix- doit nous inciter à redoubler d'efforts.

JAKILEA : la préparation de la manifestation du 13 octo­bre à Bayonne doit mobiliser beaucoup de votre énergie ?

Gabi : Pas uniquement. En effet, l'été et son calendrier festif est l'occasion pour HERRIRA de rassembler des fonds pour subvenir aux besoins matériels lourds qui sont les nôtres. Et en particulier, donner la possibilité à tous les prisonnier-e-s d'avoir chaque mois un petit pécule permettant d'améliorer le quoti­dien en achetant en « cantine » divers produits de première né­cessité (café, sucre, timbres, location TV, etc.). C'est ainsi que des bars sont tenus, des repas sont organisés dans cet objectif-là. Les militant-e-s travaillent beaucoup durant l'été, mais aussi nombre de citoyen-ne-s qui donnent un coup de main à ces oc­casions, au titre de la solidarité. Dans des dizaines de villes et villages durant les fêtes locales, il y a toujours une présence pour rappeler la répression vécue dans notre Pays. Et des gens de passage, des touristes, sont ainsi informés de certaines réalités qu'ils méconnaissent du Pays qui les accueille durant quelques jours. Outre les fêtes de Bayonne durant lesquelles, cette année, la situation des prisonnier-e-s a été très présente visuellement, notons la participation d'HERRIRA et de ses militant-e-s à divers temps forts tels que le Festival d'Emmaiis Pau-Lescar, au Festival de « La belle Rouge », de la Compag­nie Jolie Môme prés de St Etienne, mais également au festival de cinéma de Douarnenez. Autant de temps et de lieux durant lesquels nous avons présenté grâce à un journal bilingue les en­jeux liés à la situation des prisonnier-e-s politiques basques et des réfugié-e-s et au processus de Paix. Le tout dans l'objectif de la tenue de la manifestation du 10 novembre à Bayonne. Nous avons constaté avec une certaine surprise l'intérêt que por­tent de plus en plus de gens d'horizons différents à la ques­tion basque, au développement du processus dans lequel nous sommes engagés. Nous voyons qu'il nous faut continuer sans relâche à expliquer, à argumenter, à défendre l'idée d'urgence à avancer sur cène voie que nous avons collectivement décidé de prendre, celle de la Paix et de la Justice en Pays Basque.

JAKILEA : Vous avez également mené une action devant la prison de Villefranche sur Saône ?

Gabi : Oui. une délégation composée de membres d'ETXERAT (association des familles de prisonnier-e-s politiques basques) et d'HERRIRA est allée à la prison de Villefranche sur Saône suite au tabassage dont avaient été victimes des prisonniers politiques Basques dans cet établissement. Nous y avons été reçus par la directrice et avons rencontré un représentant syn­dical. Et enfin, nous avons effectué une conférence de presse pour rendre public le résultat de nos divers entretiens et faire le point sur les faits que nous étions venus dénoncer. A l'origine se trouvait la question des fouilles des familles des prisonniers. L'établissement ne respectait pas les procédures légales et les familles en pâtissaient. Depuis notre opération, l'administration locale s'est soumise en partie au respect de la légalité sur cette question, mais des problèmes graves perdurent encore dans cet établissement comme dans bien d'autres. Les services du Con­trôleur général des lieux de privation de liberté ont été saisis, et une enquête sera menée concernant les violences subies par nos compatriotes.

JAKILEA : Parlons à présent de cette manifestation du 10 novembre à Bayonne !

Gabi : nous attendons une mobilisation massive de la population à cette occasion. Il se dessine déjà une mobilisation importante des leaders d'opinion. Qu'ils soient politiques, mais aussi reli­gieux, culturels, et autres. Une prise de conscience va croissante de la nécessité d'apporter des réponses aux questions posées par la présence de près de 650 prisonnier-e-s politiques Basques dans les prisons françaises et espagnoles et de centaines de réfugié-e-s poli­tiques basques disséminés de par le monde, alors que la violence politique a cessé et que nous sommes engagés dans un proces­sus de Paix. La logique de Paix doit l'emporter, et ce, sans tarder. Comme il en a été en Irlande du nord, en Afrique du sud et dans tant d'autres régions touchées par des conflits par le passé. De Corse, de Paris, et d'autres lieux, des militant-e-s, des citoyen-nes nous contactent pour nous dire qu'ils seront à Bayonne, sur le macadam, le 10 novembre.

JAKILEA : avez-vous des besoins particuliers en vue de la préparation de cette manifestation ?

Gabi ; la campagne de mobilisation est basée sur l'investissement du plus grand nombre. HERRIRA est un mouvement populaire. Adhérent à sa démarche, à sa philoso­phie, à ses revendications, ses objectifs, toutes celles et ceux qui le désirent. Et chacun-e- peut (et doit !) être acteur de ce vaste mouvement. Les lecteur-trice-s de JAKILEA peuvent aussi être acteur-trice-s de ce mouvement. En diffusant l'information, en facilitant le lien avec tel ou tel contact professionnel, amical, familial, qui pourrait apporter un plus. Oui, la manifestation du 13 octobre à Bayonne aura atteint son objectif si nous parve­nons à fédérer autour des revendications avancées lors de cette journée une foultitude de gens différents.

JAKILEA : L'été 2012 a aussi été marqué par la situation du prisonnier politique Basque losu Uribetxebarria et des 13 autres compagnons gravement malades.

Gabi ; Oui, nous avons touché là le comble de la brutalité dont peut faire preuve un Etat. S'acharner sur des personnes en fin de vie. La réaction populaire a été immédiate et forte. Provo­quée par la situation sanitaire de losu, mais aussi et surtout pro­voquée par l'appel lancé par losu lui-même via un courrier rendu public annonçant sa décision de commencer une grève de la faim. Cette lettre témoignait d'une telle dignité, d'une telle force. D'une telle détermination alliant beauté de l'âme et clarté des objectifs. C'est un fils d'Euskal Herri qui s'adressait aux siens, en toute fraternité. Un vaste mouvement de solidarité s'est aussitôt répandu dans les prisons de France et d'Espagne pour réclamer la libération immédiate de losu et des 13 autres prisonniers gravement malades.

Pour tout contact avec HERRIRA. herrira.komuriikazioaieh@ gmail.com ; tél. 0611 3621 53

PARMI LES PREMIERS SIGNATAIRES DE L'APPEL AU 10 NOVEMBRE :

Mgr Jacques CAILLOT (Evêque), Me Antoine COMTE (Avo­cat au Barreau de Paris), Véronique VASSEUR (ex-médecin chef à La Santé), Gilles PERRAULT (Ecrivain), Maurice RAJSFUS (Historien), Mme ALAUX (députée PS), Mme Frédérique ESPAGNAC (Sénatrice PS), Kotte ECENARRO (vice président PS du Conseil Général 64), BIZI, SEASKA, ELB,...

 

LES REVENDICATIONS PORTEES PAR LA MANIFES­TATION DU 10 NOVEMBRE.

-La fin des mesures d'exception dont souffrent les prisonnier-e-s politiques basques telles que la dispersion, ainsi que les mesures d'isolement.

-L'abrogation des mesures qui mènent à une condamnation à perpétuité, comme la doctrine 197/2006 en Espagne et la condamnation à perpétuité en France.

-La libération des prisonnier-e-s malades.

-Le regroupement des membres du Collectif des prisonnier-e-spolitiques basques en Pays Basque.

-La fin de la persécution des réfugié-e-s politiques basques.

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